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Le magazine du Forum Biodiversité Suisse sur la biodiversité est consacrée aux thèmes actuels dont les chercheurs et praticiens éclairent différents aspects. Une nouvelle édition paraît deux fois par an en français et en allemand.

Image : C.Schüssler, stock.adobe.com

Deuxième bilan de la biodiversité des surfaces herbagères

Les programmes nationaux de monitoring Arten und Lebensräume Landwirtschaft – Espèces et milieux agricoles (ALL-EMA) et Suivi des effets de la protection des biotopes en Suisse (WBS) ont achevé leur deuxième période de relevés. Ils livrent pour la première fois des conclusions fiables sur l’évolution de la biodiversité dans les milieux de grande valeur écologique. Le présent article se concentre sur les résultats obtenus dans les surfaces herbagères bénéficiant de mesures de promotion et de conservation de la biodiversité.

ARIEL BERGAMINI, ELIANE MEIER, JÉRÔME FREI ET GREGOR KLAUS

Dans le paysage agricole suisse, la biodiversité se maintient, même si c’est à un niveau assez bas en plaine. Les résultats obtenus sur les parcelles agricoles exploitées en favorisant la biodiversité sont quant à eux réjouissants : des signaux encourageants pour l’avenir ont été enregistrés aussi bien sur les surfaces de promotion de la biodiversité (SPB) que dans les prairies et pâturages secs d’importance nationale (PPS).

Les mesures engagées dans les PPS portent leur fruits
L’inventaire des PPS d’importance nationale englobe les surfaces herbagères les plus riches en espèces qui subsistent en Suisse. Les 3951 objets recensés couvrent 0,68 pour cent de la surface du pays. Parmi eux, 44 pour cent sont situés sur la surface agricole utile, 46 pour cent en zone d’estivage et environ 10 pour cent en zone non agricole. Beaucoup de PPS sont probablement aussi annoncés comme SPB.

Selon les données du WBS, la valeur moyenne en nutriments indiquée par la végétation des PPS est en baisse dans toute la Suisse (Bergamini et al. 2025). C’est le signe d’une évolution vers des milieux plus pauvres, de plus grande valeur écologique. Cette tendance est particulièrement marquée dans les parties des PPS qui étaient encore récemment riches en nutriments et ne présentaient pas de végétation typique de ces milieux. En parallèle, la surface occupée par des milieux typiques des PPS a augmenté d’une superficie équivalente à celle de la ville d’Yverdon. Cette extension s’accompagne d’une augmentation de la part d’espèces spécialisées et rares ou menacées, ce qui est un indice de régénération fonctionnelle de la biodiversité. Ces évolutions positives témoignent du succès des mesures de protection de la nature prises par les cantons et mises en oeuvre par le monde agricole et les associations de protection de la nature.

Mais le bilan n’est pas entièrement positif. À basse altitude, les néophytes envahissantes et la couverture boisée ont légèrement augmenté. Toutefois, rares étaient les objets dans lesquels un embroussaillement important a été observé. Le changement climatique se fait, lui aussi, sentir : la végétation des PPS évolue vers des espèces plus adaptées à la sécheresse à toutes altitudes, et à la chaleur à basse et moyenne altitude. Si cette évolution peut avoir des avantages en plaine, elle est moins réjouissante en altitude, car les plantes typiques des prairies sèches peuvent y être progressivement évincées par des espèces de basse altitude.

Succès des SPB
Les surfaces de promotion de la biodiversité sont un précieux instrument de la politique agricole et, comme le montrent les données d’ALL-EMA, elles jouent un rôle décisif dans la préservation et l’encouragement de la biodiversité dans le paysage agricole suisse (Meier et al. 2025). Ces surfaces exploitées de manière extensive sont souvent richement structurées et offrent des habitats à de nombreuses espèces. Une évolution positive s’observe en particulier sur les SPB qui répondent aux exigences en matière d’exploitation (niveau de qualité I) et qui comportent déjà un minimum d’espèces indicatrices ainsi que des des structures favorisant la biodiversité (niveau de qualité II). Dans ces surfaces, l’évolution de la végétation indique une amélioration des conditions en nutriments, une augmentation de la diversité des espèces et des espèces spécialisées du milieu.

En revanche, aucune avancée notable n’est observée sur les SPB ne répondant qu’aux exigences en matière d’exploitation. Hors des SPB, l’état de la biodiversité reste à un niveau plus bas et inchangé. Ce constat atteste de l’importance fonctionnelle des SPB de qualité pour l’infrastructure écologique.

Les progrès réalisés sont réjouissants, mais ils sont encore insuffisants pour atteindre les objectifs environnementaux visés dans le paysage agricole suisse. Un premier pas pourrait consister à faire en sorte que davantage de SPB incluent des milieux de plus grande valeur écologique et qu’elles soient mieux placées et mieux connectées tout en continuant d’être exploitées de manière durable. Cependant, en plus de disposer d’un réseau de SPB de qualité, il est essentiel de gérer durablement et de manière adaptée aux conditions locales les surfaces restantes. La pollinisation, le stockage de l’eau, la fertilité des sols et de nombreux autres services écosystémiques sont autant de bénéfices pour la biodiversité et l’agriculture.

Signaux importants détectés dans les prairies et pâturages secs d’importance nationale (PPS), sur les surfaces herbagères atteignant le niveau de qualité II, et dans les surfaces herbagères restantes à l’issue de deux périodes de relevés des programmes nationaux de monitoring ALL-EMA et WBS.
Signaux importants détectés dans les prairies et pâturages secs d’importance nationale (PPS), sur les surfaces herbagères atteignant le niveau de qualité II, et dans les surfaces herbagères restantes à l’issue de deux périodes de relevés des programmes nationaux de monitoring ALL-EMA et WBS.Image : ALL-EMA und WBS
Signaux importants détectés dans les prairies et pâturages secs d’importance nationale (PPS), sur les surfaces herbagères atteignant le niveau de qualité II, et dans les surfaces herbagères restantes à l’issue de deux périodes de relevés des programmes nationaux de monitoring ALL-EMA et WBS.
Signaux importants détectés dans les prairies et pâturages secs d’importance nationale (PPS), sur les surfaces herbagères atteignant le niveau de qualité II, et dans les surfaces herbagères restantes à l’issue de deux périodes de relevés des programmes nationaux de monitoring ALL-EMA et WBS.Image : ALL-EMA und WBS

Ariel Bergamini travaille à l’Institut fédéral de recherche WSL où il est responsable du groupe Dynamique des écosystèmes et du WBS.

Eliane Meier travaille dans le groupe Paysage agricole et biodiversité d’Agroscope et dirige le projet ALL-EMA.

Jérôme Frei est responsable d’importants programmes nationaux de monitoring de la biodiversité à l’OFEV.

Gregor Klaus est rédacteur de HOTSPOT.

Contact :

Bergamini A, Ginzler C, Schmidt BR, Boch S, Ecker KT, Pichon NA, Bedolla A, Psomas A, Moser T, Dosch O, Holderegger R (2025) Wirkungskontrolle Biotopschutz Schweiz (WBS): Zustand und Veränderungen in den Biotopen von nationaler Bedeutung nach zwei Erhebungsperioden. WSL-Bericht 174: 207 S.

+ Kurzfassung: Bergamini A, Ginzler C, Schmidt BR, Boch S, Ecker KT, Pichon NA, Bedolla A, Psomas A, Moser T, Dosch O, Holderegger R (2025) Resultate der Wirkungskontrolle Biotopschutz Schweiz – Kurzfassung – Stand 2025. BAFU, Bern. 20 S.

Meier E, Lüscher G, Herzog C, Herzog F, Indermaur A, Winizki J, Knop E (2025) Veränderung der Biodiversität in der Schweizer Agrarlandschaft. Von der ALL-EMA-Ersterhebung (2015–2019) zur Zweiterhebung (2020–2024). Agroscope Science 209: 84 S.

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